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Décidément, la truffe fait rêver de plus en plus de champignonneurs bien que dans nos contrées helvétiques celle-ci ne soit pas encore entrée dans la tradition de récolte tel les chanterelles, bolets et autres pied bleu. De temps en temps lors du contrôle des champignons il m'arrive de devoir vérifier des champignons hypogés. Malheureusement sur les 3 ou 4 fois que j'ai eu à expertiser ce genre de carpophores une seule était vraiment constituée de truffes… mais dans un état que même un sanglier (pourtant avide de cette friandise) aurait délaissé sans rechigner. Un monsieur se présente au contrôle et me tend des mouchoirs en papier détrempés dans lesquels il avait soigneusement emballé ses trouvailles. En ouvrant les petits paquets j'ai eu la surprise de découvrir des truffes. La météo chagrine à cette époque les avait complètement détrempées et elles ressemblaient plus à des éponges à vaisselle qu'à des champignons ; dommage ! Celles-ci étaient devenues parfaitement inconsommables car en plus d'être détrempées elles étaient au deux tiers moisies, molles et exhalaient une odeur pas trop ragoûtante (mais tout de même de truffe). Malgré un gros effort de persuasion, je n'ai pas pu prendre ces truffes ; mon client voulait absolument les conserver… "il y a certainement encore quelque chose à manger là-dedans" et il est repartis tout content avec ses truffes dans sa poche. Je n'ai jamais su de quelle truffe il s'agissait. Une autre fois, c'est une dame qui avait fait plus de 20km pour me montrer, elle aussi des petites boules. Elle était certaine qu'il s'agissait de truffes : "ça fait longtemps que j'en mange et j'ai jamais rien eu, en plus ça vient sous terre et il y a que les truffes" ! Une fois encore j'ai du briser les certitudes et le rêve de cette personne. Après un rapide contrôle et quelques questions, je pouvais lui certifier qu'il s'agissait d'un Rhizopogon roseolus. Elle a admit sans peine que ces boules n'étaient que semi enterrées en bordure de chemin donc pas de doute pour moi. C'est alors qu'elle me sort encore de son cabas plusieurs bocaux contenant des tranches séchées de ce champignon. Dommage pour elle, son trésor a perdu toute sa valeur en quelques secondes. Malgré tout elle est repartie avec ses Rhizopogon… mi contente mi déçue et presque sûre que je lui racontait des bobards.
Et enfin la dernière petite histoire : c'était vers la mi-août 2006, un chasseur vient me montrer la trouvaille de l'un de ses collègue de chasse. Il arrive avec un champignon aussi gros qu'une pomme de terre, brun pâle. Ah, il était fier en arrivant, le chasseur, convaincu qu'il détenait une truffe blanche (Tuber magnatum). D'emblée je lui ai annoncé que son champignon n'était surtout pas une truffe d'alba dans la mesure ou cette espèce est endémique du Piémont et que lui avait trouvé son champignon à quelques kilomètres de chez moi, dans le Jura Bernois. Le sourire radieux de ce monsieur a alors disparu et s'est presque transformé en moue quand je lui ai encore annoncé que ce champignon n'est pas comestible et est même toxique s'il est mal cuit. Ce monsieur est reparti les mains vides et tout penaud. Il s'agissait en effet de Choiromyces meandriformis. Dommage pour lui car ce champignon de plus de 130g aurait pu ravir quelques palais mais au lieu de ça il a fini sa vie sous les yeux inquisiteurs des participants au cours de formation des contrôleurs de champignons. Ce genre de petites histoires doit bien évidemment arriver dans beaucoup d'offices de contrôle des champignons mais malgré le désenchantement des champignonneurs il est malgré tout assez drôle de voir à quel point la truffe fait rêver les gens. Mais voilà, tout ce qui pousse sous terre n'est pas forcément une truffe et encore moins comestible ! |