|
Amateurs de diamant noir, comme vous le savez tous, le chêne est propice à la fructification des truffes ; je ne vous apprendrai rien. Mais, si l'on prend la peine de se pencher sur ce que la Nature nous offre gracieusement pour ravir nos papilles gustatives, il est tout aussi intéressant de se pencher sur ce qu'elle offre à notre vue. Bien sûr, une belle forêt d'automne quand les peintres ont sortis palettes et pinceaux pour lui donner ses apparats flamboyants, un magnifique paysage alpin enneigé ou maritime sous le gros temps ou le soleil émerveille tout le monde car nous sommes éblouis. Mais en se penchant, en prenant le temps, on découvre une multitude de petites choses ignorées sur lesquelles nous marchons. Nous connaissons tous les insectes, parfois dégoûtants ou envahissants mais toujours utiles, les petites fleurs qui sont si courtes ou si petites que nous savons à peine qu'elles existent ou les champignons qui pour la majorité d'entre nous sont surtout destinés à finir en sauce. Mais si en prenant le temps de s'arrêter et de se pencher avec une loupe il y a aussi de quoi s'en mettre plein la vue : Ces petits insectes qui souvent nous répugnent, avec une loupe laissent apparaître sous leur carapace de guerrier un monde plein de couleurs ; les petites plantes nous ébahissent par la perfection de leur morphologie aussi développée que leurs grandes cousines et pour les champignons c'est la même chose. Quand l'on estime qu'en Suisse on compte 5000-6000 espèces de champignons et que nous n'en voyons bien que quelques centaines… mais tout le reste est là, sous nos yeux ou plutôt sous nos semelles !
Généralement nous voyons les gros champignons qui font plusieurs centimètres de diamètre, mais il y a encore les petites espèces qui ne font que quelques centimètres et encore les plus petites qui ne dépassent guère quelques millimètres sinon moins.
Ce printemps, j'ai participé à cours sur les discomycètes ; ces petits champignons de la classe des ascomycètes qui ressemblent à de petites coupes. Un des plus visible est une espèce rouge vif que l'on trouve au printemps (Sarcoscypha coccinea), il s'agit d'une "grande" pézize mais une foultitude de toutes petites espèces colonisent les déchets morts de nos forêts. Nous les retrouvons partout pour autant que l'on prenne le temps de s'arrêter et de scruter le sol. Sur presque chaque tige ou chaque feuille il y a de petits champignons qui finiront de transformer la matière morte en humus. J'ai fait une petite découverte personnelle en allant marcher dans les gorges de l'Areuse en fin de printemps. J'étais avec mon Ami Jean-Pierre, bien décidés à ne profiter de la Nature que par son aspect ludique et pique-nique. Mais en passionnés de mycologie nous ne pouvions marcher comme tout le monde, en profitant simplement du temps et du paysage. Nos yeux "doivent" inlassablement fouiller les bords du chemin à la recherche d'une petite fructification fongique, des fois que...
Chemin faisant, nous découvrons une petite espèce de champignon à lamelles, si je me souviens bien cela devait être un mycène ou une collybie mais de toute façon rien de bien grand, au milieu de feuilles de chêne mortes et qui avaient passé l'hiver sous la neige. Nous récoltons ce champignon et prenons quelques feuilles de chêne pour conserver son humidité puis nous rangeons précieusement le tout dans une petite boîte et continuons notre balade… les yeux toujours rivés au sol. Et oui, tout mycologue vous le dira, ce virus est terrible et pire encore, nous ne faisons rien nous soigner ! La balade continue ; le feu, l'apéro et la côtelette nous ravigotent à merveille et la journée se poursuit. Arrivé à la maison je détermine ce petit champignon et par le réflexe acquis au cours sur les discomycètes je passe les feuilles de chêne sous ma loupe binoculaire avant de les jeter ; et oui, on ne sait jamais peut-être que… Victoire ! en effet j'y ai découvert un tout petit champignon de quelques dixièmes de millimètre de diamètre. Ma littérature ne m'a pas permis de déterminer ce champignon avec précision et bien que je le classais dans le bon genre j'ai demandé l'aide d'une personne bien plus compétente que moi pour avoir le nom de l'espèce. Quelques jours plus tard j'ai reçu une réponse, il s'agissait d' Incrucipulum ciliare (Schrad.) Baral (ou anciennement Lachnum ciliare (Schrad.) Rehm)... merci René !
Certes, cette petite découverte personnelle ne va pas changer ma vie ni certainement la vôtre, mais je voulais vous faire partager un tout petit fragment ce monde quasi inconnu et fascinant des petites choses que nous ne découvrons qu'au travers d'une loupe et sur lesquelles nous marchons sans nous en rendre compte.
Ce petit champignon se caractérise par une fructification intégralement couverte de poils dont l'extrémité comporte une petite masse de cristaux d'oxalate.
Cette espèce croît sur les feuilles en décomposition de chêne, de châtaigner ou de hêtre.
|